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Idées - 100 techniques pour les produires et les gérers : Le langage associatif (extrait 3)

Associer des mots

La créativité en groupe utilise bien évidemment le langage, ou du moins « un » langage que le groupe doit apprendre comme une langue étrangère.

Bien entendu, le langage du groupe ne doit pas être un langage rigide, corseté, grammaticalement pur ; le discours ne doit pas forcément être organisé, structuré, construit ; l’emploi des mots n’a pas besoin d’être univoque, clair, précis ; le vocabulaire peut être puisé dans plusieurs langues, français, anglais, espagnol, argots divers ; la création de mots spéciaux, la fabrication de néologismes, d’onomatopées est encouragée. Disons que si un participant « ressent » une image, son langage n’a pas besoin d’être totalement construit : il peut faire un geste pour le compléter.

L’objectif est d’arriver à un langage du groupe, c’est-à-dire à la construction d’un discours, où chaque personne aura apporté une pierre, un peu comme dans ces jeux d’enfants où quelqu’un commence une histoire et chacun à tour de rôle invente la suite. Chaque mot, chaque image doit « ricocher » au moins trois fois avant de retomber. Lorsqu’un participant émet une idée il entraîne son imagination envers une autre mais en même temps son association stimule le pouvoir d’association de tous les membres du groupe. Cette « contagion » a été décrite par un chercheur appelé Fred Sharp [2] cité par Osborn, dans les termes suivants : « lorsqu’on est réellement pris dans le tourbillon d’une séance, l’étincelle jaillit d’un cerveau en fera jaillir d’autres par ricochet exactement à la manière d’une série de pétards de feu d’artifice, c‘est une réaction en chaîne ». Le discours du groupe doit conduire à produire une idée de groupe.

L’un des objets de la formation du groupe est donc de lui apprendre à parler, de lui faire oublier l’habitude des conférences, des exposés et des récits de pêcheurs où pour dire que l’on a attrapé une anguille, on parle trois quarts d’heure.

Les participants doivent apprendre à ne pas discourir, à condenser leurs messages, à ne pas chercher toujours à terminer leurs phrases, à ne pas chercher toujours à savoir ce qu’ils veulent dire.

Ils doivent apprendre à associer. Nous utilisons notamment des exercices qui ont pour but de décomposer les différents types d’associations [3] :

Associations sémantiques

À propos d’un mot prononcé dans la phrase précédente, pouvoir associer sur une notion située dans le même champ sémantique, dans le même univers de référence.

Associations subjectives

À un parfum il est normal d’associer flacon puisque ces deux mots sont situés dans le même champ sémantique. Tout le monde comprend le lien associatif. Mais pourquoi ne pas associer le mot sinécure ou le mot micro si vous, personnellement, vous le voyez apparaître dans le champ de votre conscience. Ou les mots Hélène et loup, à cause d’une pianiste que vous aimez bien, qui adore les loups. Le lien entre ces mots est subjectif, il n’est valable que pour vous, et peut-être même ce lien est inconscient, mais qu’importe. Rien n’est dit au hasard. Il y a un rapport entre sinécure et parfum puisque vous l’avez senti, puisque vous l’avez dit. Personne dans le groupe ne cherchera à interpréter ce que vous avez dit. Mais ce que vous avez dit servira peut-être à la résolution du problème, sans que personne ne sache pourquoi. 

Associations phonétiques

C’est-à-dire associer non pas sur le sens du mot, mais sur  le son. Par ce moyen, le groupe retrouve souvent des significations étymologiques des mots. Plus globalement, l’idée sous-jacente, développée par ailleurs par des linguistes est que le bruit du mot, l’habillage du mot, n’est pas une construction du hasard seul, mais qu’ils sont porteurs de significations. La méthode d’association, jouer avec les mots, désarticule le langage, en fait une matière neuve, un véhicule de pensée différent.

Associations par contraire

C’est le type d’association chaud-froid, loin-proche, beau-laid, etc.

Elle rejoint une technique de créativité que nous appelons : renverser, prendre à l’envers, considérer l’opposé.

Associations par métaphore

C’est le type d’association : ville/fourmilière ; vie/fleuve, parce que la vie est comme un long fleuve tranquille ; ou mort/faucheuse, parce la mort est souvent comparée à une sinistre moissonneuse. Cette forme d’association est le chemin vers ce que l’on appelle la pensée par analogie, vaste source de liens imaginaires.

Casser les mots

Pour élargir le champ des associations, on peut s’entraîner à casser des mots (art-chaïque ; mère-veilleuse, etc.), à faire des contrepèteries, des jeux de mots, à parler en verlan, comme mon fils (laisse béton; à donf, les keufs, les meufs, etc. [4]) ; et à utiliser toutes les déformations linguistiques possibles.

Brabandère [5] recommande fortement cette technique de « transformation, décomposition des mots, par adjonction, suppression, renversement, contrepèterie, mots valises, mots gigognes ». Il cite par exemple des constructions verbales faites en groupe telles que inspecticide (inspecteur traquant les idées nouvelles pour les tuer dans l’œuf) ; sentimenteur (personne qui dit je t’aime en pensant à autre chose) ; phrasque (écart de langage) ; imperminable (imperméable long et usé) ; etc. et cite en modèle Devos, Boris Vian, Queneau, Frédéric Dard, etc. Pour s’entraîner, il suggère quelques exercices, tels que supprimer le i de l’alphabet, ou le e (comme Perret) ; prenez quelques proverbes connus, et déformez les ; inventez un gag en exploitant les sons (exquis mots/esquimaux, savant/ça vend) ; composez des cartes de visite qui associe le nom et le métier (Paul Yglote, interprète) ; prenez un mot choisissez son semblable en changeant une seule lettre (massage, message) ; brouillez les mots (abdominable, bénéfisc), etc.

Inventer des mots

Il y a souvent un grand amusement à inventer des mots au cours d’une séance de créativité. C’est une des manières d’élargir la portée des associations que d’improviser en cours de route des créations de mots nouveaux. Dans le cas de certaines recherches d’idées, c’est une technique en elle-même. La recherche d’un mot fabriqué pour désigner le sujet sur lequel on travaille peut amener à le considérer d’une manière différente. La diversité des mots inventés peut servir de matériel projectif pour associer. L’invention de mots a été utilisée dans la création littéraire (par exemple Boris Vian). Elle devient un métier lorsque l’on travaille dans la création de marques.