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Mise en œuvre de la créativité : changer de logiciel.

Pour organiser la formation à la créativité, la condition essentielle consiste à distinguer la mise en œuvre de deux règles du jeu différentes, comparables à des programmes informatiques qui auraient des fonctions inverses, voire contradictoires.

Le « programme » de la logique.

Pour s’adapter au monde, pour explorer le monde, il existe une série de processus qui consistent en méthodes rationnelles. L’outil utilisé est celui de la logique qui consiste à enchaîner des démarches mentales en fonction du principe de causalité. Les mots clés sont : donc, par conséquent, parce que…C’est un outil rigoureux, puissant, efficace, qui donne des résultats admirables. Les démarches rationnelles permettent d’innover, d’inventer, bien entendu. Les méthodes rationnelles de découverte, la méthode expérimentale, les démarches scientifiques ont fait leur preuve. Le programme logique est renforcé par l’apprentissage, par l’habitude, par la répétition. Les règles mathématiques élémentaires n’ont pas besoin d’être démontrées à chaque usage, elles sont intériorisées. Une démarche rationnelle répétée souvent (comme les tables de multiplication, par exemple) laisse des traces dans le cerveau : c’est un dispositif très utile. Mais, de même qu’un passage fréquenté souvent dans une prairie conserve la trace des pas et devient peu à peu un chemin, puis un jour une route, les parcours neuroniques souvent fréquentés deviennent des circuits qui s’impriment dans le cerveau. A chaque interrogation nouvelle, le cerveau a tendance à proposer les chemins de réponse déjà tracés. Il se crée ainsi des « autoroutes de la pensée » qui freinent la production de solutions nouvelles.

Le « programme » de la créativité.

Il ne remplace pas le programme de la logique, il ne lui est pas concurrent. Il est complémentaire. Les grands créateurs sont généralement ceux qui savent alterner entre les deux en faisant des aller et retour rapides d’un programme à l’autre. A la différence de la logique, le « programme » de la créativité ne crée pas des relations de causalité entre les informations mais, à l’inverse, des relations sans cause, illogiques, irrationnelles, subjectives, qui ne sont pas toujours explicables ni contrôlables. Le principe de la créativité c’est de faire se rencontrer des informations étrangères l’une à l’autre et de faire jaillir une création par suite du choc de cette rencontre. Le principe de la démarche créative, c’est ce que l’on appelle le chemin de détour.

L’esprit ne suit pas une voie directe, il n’emprunte pas le chemin le plus court d’un point à un autre, il ne suit pas une « autoroute de la pensée » déjà tracée. Il prend un chemin de traverse, il fait « l’école buissonnière », il s’aventure vers le territoire de la déraison.

Pour atteindre le territoire de la création qui est un territoire intermédiaire entre le réel et l’imaginaire, le détour consiste :

  • - à quitter le territoire de la réalité, à oublier ses contraintes,
  • - pour s’éloigner, dans un premier temps, vers un territoire éloigné de la réalité, qui n’a aucun lien logique avec la réalité : éventuellement des rêves, des stimulus dûs au hasard, puis à utiliser cette stimulation
  • - pour produire une réponse qui est légèrement décalée par rapport au point de départ : c’est nouveau, c’est une innovation, une invention, une création.

Par rapport aux méthodes rationnelles de découverte, c’est un autre itinéraire pour atteindre le même point.